Faire garder bébé : établir une relation de confiance pour une séparation en douceur

– LES EXPERTS –

Pour ouvrir cette nouvelle rubrique des « experts », Ta mère la blogueuse donne la parole à Maeva Lorne, assistante maternelle.

Quel est selon toi l’âge idéal pour commencer à faire garder bébé ?
« Selon moi il n’y a pas d’âge idéal pour commencer à faire garder bébé. Il y a une période plus sensible, qui se situe autour de 8 mois pendant laquelle bébé peut avoir davantage peur des inconnus, de la séparation, et accepte moins facilement les changements de sa routine. C’est une étape normale du développement de bébé qui peut être parfois difficile parce qu’il peut y avoir plus de pleurs au moment de la séparation. 

L’important quand on confie bébé pour la première fois, c’est de bien respecter une période d’adaptation pendant laquelle bébé, les parents et tatie vont faire connaissance et installer les bases d’une relation de confiance indispensable. »

 

 

Les mamans reprennent en général le travail quand bébé a environ 2 mois et demi. Est-ce que ce n’est pas trop tôt pour le faire garder ?

« Confier bébé à deux mois et demi est une épreuve difficile pour une maman, souvent plus que pour un papa, même si je peux constater avec bonheur que de plus en plus de papas s’impliquent. Maman a passé 9 mois à porter bébé, à le sentir bouger, il a fait partie littéralement d’elle. Elle s’est préparée à son arrivée, tant dans son corps que dans son esprit et son coeur. Le couple a imaginé son arrivée, aménagé la maison, l’organisation… A deux mois et demi, bébé est tout petit, complètement dépendant de l’adulte, vulnérable et l’instinct de maman refuse souvent l’idée de laisser bébé. C’est animal, farouche. C’est une situation compliquée où peuvent se mêler l’envie de retrouver sa vie professionnelle et sociale, la culpabilité qui l’accompagne, et l’envie de couver encore ce petit bout de soi.
En tant que maman moi-même, je pense que oui, c’est tôt pour laisser bébé, on n’est pas prête à ça aussi vite. En tant que professionnelle, je peux aussi rassurer les parents. Je suis titulaire d’un CAP petite enfance et maman, je connais leurs sentiments pour l’avoir moi aussi ressenti, je suis formée pour m’occuper de bébé et je mets un point d’honneur à m’adapter au mieux aux souhaits de papa et maman, dans la mesure du possible bien sûr. Au début de chaque accueil, il y a une longue conversation avec les parents, je leur demande également de remplir un « livret d’accueil » qui regroupe toutes les informations sur les habitudes de bébé, nécessaires à un bon démarrage. Je peux ainsi respecter au plus près les habitudes de bébé. Le plus important pour que tout se passe bien, c’est la confiance, la communication et la transparence.

Travailler dans le monde de la petite enfance, c’est une vocation, un métier que l’on choisit par amour tant il demande d’investissement personnel, tant il nous demande de perpétuellement nous remettre en question, de nous adapter. Je fais des recherches, je picore dans les différentes philosophies d’éducation, d’éveil, afin de proposer un accueil respectueux de bébé et répondre à chacun de ses besoins, de ses changements. Lors du premier rendez-vous avec la personne qui va peut-être garder bébé, pour moi, il faut pouvoir ressentir ça. »

Certains bébés vivent très mal la séparation. Que conseilles-tu aux parents ?

« Apaiser une séparation difficile peut prendre un peu de temps comme être très rapide. Le plus important est que le parent qui dépose bébé soit lui-même en confiance. Un enfant est une éponge émotionnelle, il n’est pas rare qu’en tant que professionnelle accueillante on puisse détecter un changement à la maison ou chez les parents rien qu’en observant le comportement de bébé. Donc si le parent qui dépose bébé n’est pas en confiance, angoissé, bébé ressent cet état et se l’approprie. Donc dans un premier lieu, être serein en tant que parent. Ensuite, il faut verbaliser. Même si bébé est tout petit, il faut lui expliquer, lui raconter, qu’il va aller chez Tatie, jouer, manger, dormir, etc et qu’à la fin de la journée, on reviendra le chercher, lui dire qui va venir le chercher. En lui expliquant sa journée, on va petit à petit défaire une peur.

Lorsque qu’on emmène bébé, il faut prendre un petit temps pour échanger avec Tatie sur la nuit, le matin de bébé. Transmettre quelques informations comme la qualité du sommeil et l’heure du biberon est indispensable et permet à bébé de constater un échange entre papa/maman et tatie. Mais surtout, on dit au revoir, on ne part pas discrètement en croyant que cela sera plus facile, c’est faux et alimente l’angoisse de la séparation, à juste titre.

On peut également mettre dans le sac de bébé un linge, un doudou qui portera les odeurs de papa et maman et fera office d’objet transitionnel. Le sens olfactif est le sens le plus développé chez le tout-petit, sentir l’odeur de ses parents peut être d’un grand réconfort pour lui. »

Quels sont selon toi, les avantages d’une assistante maternelle par rapport à une garderie ?

« La crèche est l’accueil chez une assistante maternelle ont chacun leurs avantages. Je peux facilement les comparer pour avoir aussi exercé quelques années au sein de structures collectives. Chez une assistante maternelle, l’enfant est accueilli dans un environnement familial. C’est à dire que Tatie, bien que seule, a beaucoup plus de temps à accorder aux enfants. La réglementation en collectivité prévoit une tatie pour 5 enfants qui ne marchent pas et une tatie pour 10 enfants qui marchent. Les garderies se permettent très rarement d’employer plus de taties que nécessaire parce qu’elles n’ont simplement pas les moyens de le faire. A mon domicile, je peux accueillir 3 enfants simultanément. J’ai moins d’enfants, et donc plus de temps à accorder à chacun.

Pour les mêmes raisons, j’ai une capacité d’adaptation plus importante. Ayant un groupe plus petit, je ne suis pas obligée de m’adapter au plus grand nombre et peux proposer un accueil individualisé.

Je peux modifier mon emploi du temps facilement en fonction des enfants.

Cela me permet aussi de prendre plus de temps pour les activités manuelles, que j’adore proposer aux enfants. Nous bricolons, nous expérimentons, nous manipulons et pour cela, un groupe plus restreint est également un avantage pour chacun.

Le risque contagieux est également limité. Moins d’enfants, c’est aussi moins de microbes à partager.

Je peux aussi proposer davantage de sorties. J’ai par exemple un abonnement à la bibliothèque. Nous allons changer nos livres et CD facilement, en profitons pour aller nous promener au parc, toujours en fonction de l’âge des enfants que j’accueille. Si l’intérêt est moindre pour des bébés, c’est très intéressant pour des enfants autour de deux ans.

Le fait d’être seule à m’occuper de bébé est aussi un avantage sur plusieurs points. Les parents n’ont qu’une interlocutrice. Il n’y a pas d’information non transmise entre collègues et je sais exactement tout ce qu’il s’est passé dans la journée de bébé. Si les parents ont une demande, je peux prendre une décision immédiatement, je n’ai pas d’autorisation à demander et je peux argumenter ma décision. Être la seule tatie a aussi un aspect sécurisant pour les enfants. Ils ne commencent pas la journée avec une personne, pour la continuer avec une deuxième voire la terminer avec une troisième. Au sein d’une structure collective, c’est le plus souvent impossible parce que l’amplitude horaire est trop grande.

On peut aussi souvent croire que la collectivité préparera mieux l’enfant à l’école. C’est une raccourci facile, je le comprends, mais c’est à mon sens faux. On peut constater que des enfants qui n’ont connu que l’accueil chez une assistante maternelle sont très à l’aise lors de leur première rentrée et que d’autres qui sont allés à la crèche ont des difficultés d’adaptation. Le plus important dans cela, ce n’est pas le nombre d’autres enfants avec lequel il a été habitué à être en contact mais la confiance en lui et en les autres que l’enfant a acquit. Chez une nounou, il n’y a pas beaucoup d’enfant, mais les interactions sont là: on parle, on partage, on joue, on dessine, colle, mange, etc tous ensemble. Les apprentissages qui sont utiles à l’enfant pour la vie en société, pour l’école, sont présents, il y est habitué. Et comme Tatie a pris soin de respecter son rythme, de le valoriser, de l’accompagner dans la bienveillance, sans contrainte de temps, de grand groupe, l’enfant a confiance en lui et en ses capacités, il est prêt pour l »étape suivant.

Pour terminer, l’accueil chez une assistante maternelle est un accueil familial. Outre le côté sécurisant que cela lui procure, bébé n’est pas un anonyme, ni un parmi beaucoup d’autres. Il prend place dans la vie de la famille. Il n’est pas seulement avec moi, il voit aussi ma fille de 8 ans, qui adore passer du temps avec les petits et s’improvise grande soeur, mon mari, quand il rentre du travail l’après-midi et s’occupe des plantes avec les grands en fin de journée, et notre lapin, qui nous régale en nous faisant de véritables spectacles quand il l’a décidé. Avantage ou inconvénient, à chacun de se faire sa propre opinion, mais moi, j’aime croire que c’est une grande force. »

Maeva exerce à Faa’a. Retrouvez la via sa page Facebook. Cliquez ici 

Crédit image à la une : Giu Vicente / StockSnap.io

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